Pornichet Select: Première course

Wouah quelle épreuve !

Je ne m’attendais pas à ça, ce n'est plus un raid côtier comme sur le tour de France à la voile. Il y a pleins de nouveaux paramètres à gérer ! Une régate de 58h pleins de rebondissement avec une superbe 10ème places sur 79 concurrents.

 

Voici le récit de cette aventure…

1.Le départ

Des conditions idéales pour un départ tranquille. Je suis concentré pour ne pas avoir de collision avec les 78 autres concurrents, mais je ne suis pas du tout stressé sur ce qui m’attend dans les prochains jours. 4knts de vent, soleil, mer calme, tout se passe bien. Je pars sous spi, autour de la 20ème place, conservateur mais pas ridicule.

2.Première galère

1h30 après le départ, la flotte est encore très compacte. Le vent est un poil monté autour de 8knts, mais l’angle est beaucoup plus serré. On est encore sous grand spi, vraiment à la limite. Certains commencent à affaler mais perdent énormément de terrain. Je décide de le garder, le bateau est sur les portières, quand craque, mon outrigger se casse. J’affale et cherche immédiatement une solution pour réparer. La première solution permet de retrouver un bateau à 100% de son potentiel mais nécessite d’être 2, je dois donc rentrer au port. Je trouve finalement une deuxième solution, pour me passer de l’outrigger. Le bout dehors ne pourra plus être mis dans l’axe mais la solution est rapide à mettre en place. Je change rapidement mes passages de bouts renvoi le spi et c’est reparti. 

3.Première option tactique.

C’était la grande question avant le départ, où traverser pour rejoindre belle-ile ? 4 options se dessinent.

 

Voir carte ci-contre

1- La route de l’ouest, la plus sûr mais la plus longue. Les retardataires devront passer par la.

2- La plus conservateur mais aussi la plus dangereuse: le passage est étroit

3- Le plan de secours, si on arrive trop tard pour la 4

4- la plus courte, mais il faut arriver avant la renverse du courant: le choix des premiers.

 

A la base je voulais prendre la 1, l’objectif de la régate est de terminer, je pars donc dans l’idée de prendre le moins de risque possible. Mais mon problème d’outrigger change la donne. Je ne peux pas tenir ce cap. Je pars donc pour la route 4. Au dernier moment, le vent forcit un poil avant la route 3, c’est le moment je tourne à gauche. 

Image par Stan Thuret

4. La grosse pétole.

 

 

Mon option semble la bonne, je suis devant le paquet de ceux qui ont pris l’options 1 et 2, et je commence à doubler ceux qui ont pris l’option 4. Mais tout d’un coup le vent s’arrête complètement. Je fais parti des premiers à m’arrêter, et vois tout le monde me passer au dessus et en dessous. Finalement j’ai perdu beaucoup de places mais tout le monde fini par tomber dans la pétole. J’arrive 29ème aux Birvideaux. Je souhaite finir dans la première moitié donc c’est pas mal. 

5. La première nuit

Une fois les Birvideaux passés, direction les Sables d’Olonnes. La nuit se gère tranquillement, je ne m’endors pas mais me repose pas mal, j’ai mangé, j’ai pas froid, ça va bien à bord. J’ai juste pris un casier, mais une petite marche arrière et c’était reparti. Par contre niveau classement c’est pas top. Il faudrait envoyer un génak mais toujours à cause de ma casse je ne peux pas. Je prends mon mal en patience...

6. La remontada

Lever du jour à bord de Six Saucisses, le vent rentre et j’ai un placement idéal. L’angle par rapport au vent est top, il vient de droite donc je n'ai pas mon problème d'outrigger,  je mets le charbon ! Sous spi medium dans la grisaille, puis Spi Max quand le ciel se dégage, ça file entre 11 et 12knts en ligne droite. On voit rien et je n’ai pas d’AIS donc pour avoir une idée des classements ce n’est pas facile. Je pensais être à la 60ème place et avoir doublé 10 bateaux sur ce bord. J’étais finalement 46ème au lever du matin et passe  15ème aux Sables d’Olonnes !

7. Le coup de boost

 

Arrivé aux Sables d’Olonnes vers 16h, j’approche de la baie tranquillement, je commence à vouloir manger quand je croise Marie(930) et Vincent(679) qui remontent et que je savais dans le peloton de tête. Je dois être pas si mal, ça me donne un énorme coup de boost et renvoie de la toile. J’arrive à la bouée des Sables ultra motivé mais j’ai complètement oublié de ranger le bateau. C’est la galère pour affaler et repartir au près, y’a plus rien qui tourne rond, les manœuvres sont catastrophiques, je dois enchaîner les virements car je rate la bouée à chaque fois… Le temps de tout "cleaner" et je suis en nage !

8. Deuxième nuit compliquée

 

 

C’est parti pour Les Sables -> Groix au près pendant 24h !!! J’ai du mal à faire marcher le bateau. Je n’ai pas la vitesse mais tire les bons bords donc je ne perds pas trop. La nuit a été difficile, ça parle beaucoup à la VHF, les ministes se préviennent des bateaux de pêches et cargos, j’en profite car je n’ai pas d’AIS et ne peux donc pas les détecter seul. Je me suis quand même fait 2 frayeurs: Le premier en virant en catastrophe à 50m d’un autre ministe. La deuxième j’avais prévu de passer entre 2 feux blancs, je pensais que c’était des ministes, c’était en faite l’avant et l’arrière d’un cargo !

9. Ne pas abandonner

A 4h du matin, mes batteries sont à plat. Plus de pilote, plus de feu de mat… Je pensais qu’il me restait 30% de batteries. Mal reposé sans pouvoir dormir de nouveau je me pose milles questions. On nous avait prévenu, la course repasse 3 fois devant Pornichet, c’est dur de résister. Finalement je repense à tous les copains venus m’aider pour l’antifouling et repart à fond. Sans batterie, je ne peux plus passer une nuit en mer il faut donc cravacher. Au large de Belle-ile je commence à voir des choses qui n’existe pas, la mer a des formes carrées, je vois des bouts de bois partout, et même un ponton flottant en mousse. C’en est trop je me reconcentre sur la course, ça me permet de revenir à la réalité. 

10. la récompense

Arrivé à Groix après 24h de près c’est parti pour une descente sous spi jusqu’à Pornichet. Il y a 20knts de vent, sous spi Medium. Je m’éclate dans des surfs avec une pointe à 17knts ! A la lutte avec 8 bateaux, je les passe un par un. Ça s’est jouée à 200m de l’entrée de la baie pour le dernier ! J’arrive après 2J 2H 37m 13s de course, à la 10ème place, complètement épuisé et hyper heureux de ma trace. 

11. Le Bilan

La course au large, c'est vraiment différent. Je m'attendais pas à devoir autant se gérer. Ça a quand même duré plus de 2 jours, je n'ai été en mode régate que les 6 dernières heures quand tout allait bien au portant. J'ai tellement de choses à apprendre pour ne pas se manger un concurrent, une balise, un cargo, la cote... Il faut gérer son sommeil, la façon de s'habiller, de s’alimenter, d'aller au toilette... La route est longue avant de pouvoir être en mode course du début à la fin. 

La cerise sur le gâteau, c'est que je fini à une superbe 10ème place.  Je suis rassuré sur les performances du bateau, tous les bateaux de devant sont plus récent et surtout bien mieux préparé. 

Ca a été une expérience exceptionnelle, j'ai déjà hâte de pouvoir optimiser le bateau avant la prochaine course.  Il va falloir trouver un budget notamment pour refaire l'électronique (batteries, AIS, Réveil, GPS) mais aussi pour refaire des voiles, les miennes ont 12 ans!

 

Maintenant que je sais ce que c'est une course de mini, c'est sur que je serais beaucoup plus stresser au départ de la prochaine !!!

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Commentaires: 3
  • #1

    Damien D (vendredi, 27 avril 2018 09:09)

    Impressionnant Raphaël. Bravo pour la performance. Vivement la prochaine ;)

  • #2

    Ronan D (dimanche, 29 avril 2018 11:20)

    Magnifique le récit de ta course ! Impressionnant, je suis scotché ���.
    Vivement la prochaine �
    Encore bravo. �����
    Bises du tonton

  • #3

    thiery peron (dimanche, 29 avril 2018 11:35)

    Bravo
    pour cette 10 eme place
    si sa te dit j ai des photos de la construction de ton bateau
    thierry